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20e Forum économique international des Amériques - Conférence de Montréal, le 9 juin 2014 Allocution dans le cadre du déjeuner causerie en introduction au thème : Vers une prochaine ère de croissance

La version prononcée fait foi.

Monsieur Gil Rémillard, Président-Fondateur du Forum économique international des Amériques,
Madame la Directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde,
Messieurs les Premiers Ministres Jean Charest, Jean Chrétien et Joe Clark,
Monsieur le Premier Ministre du Burkina Faso,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Haut-Commissaires,
Madame la Ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre,
Madame la Ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Maire Denis Coderre,
Mesdames et Messieurs les Membres du Corps consulaire,
Mesdames et Messieurs,

C’est avec fierté que le gouvernement du Québec s’associe à la vingtième édition de ce Forum économique international des Amériques, à l’interface entre l’économie et la finance, la géopolitique et la culture, la sociologie et l’environnement.

Il s’y associe d’autant que l’évolution du Québec s’inscrit tout naturellement dans ce thème de la « prochaine ère de croissance ».

Cette croissance, elle doit permettre aux entrepreneurs, aux investisseurs, aux gouvernements, mais surtout et avant tout à la population, d’améliorer leur qualité de vie et de réaliser leurs rêves. Et ce, de façon durable et équitable envers les générations qui nous suivront.

Les dernières années n’ont pas été faciles. Le Québec, comme le reste du Canada, l’Amérique du Nord et l’Europe ont tous connu leur part de difficultés. Nos économies doivent faire face à la dissonance croissante entre leurs ambitions et leurs moyens réels. Aux changements démographiques. À une dette croissant plus vite que leur prospérité. C’est Thomas Hobbes qui écrivait qu’un État doit détruire sa dette avant qu’elle ne le détruise. La nôtre est à 54 % du PIB, la plus lourde du pays. Au Québec, une donnée et trois chiffres résument l’état des lieux :

  1. Pour la première fois, le nombre de personnes âgées de 15 à 64 ans décroîtra cette année.
  2. Et 20/23/27 : Nous comptons pour 23 % de la population canadienne, 20 % de la croissance…et 27 % des dépenses provinciales.

Cependant, nous disposons d’atouts que beaucoup nous envient :

  1. Un vaste territoire, riche en eau et en richesses minérales.
  2. L’hydroélectricité, une énergie propre, renouvelable, en grande quantité, des surplus à transformer en avantages.
  3. Une population dynamique, créative, de plus en plus diversifiée. Souvent bilingue, voire polyglotte.
  4. De grandes industries reconnues mondialement : aluminium, aérospatiale, pharmaceutique.
  5. Des universités de qualité, dont deux se retrouvent dans le « top 100 » mondial. Montréal est, avec Hong Kong, la seule ville où l’on trouve deux de ces institutions…de langue différente.
  6. Des artistes, créateurs, qui rayonnent sur toute la planète.

Quelles leçons devons-nous retenir des divers moyens mis en œuvre par les États pour relever ces défis?

La première, c’est que la simple rigueur n’est pas une façon de relancer les moteurs de l’économie. Elle est essentielle, mais néfaste si elle ne s’accompagne pas des réformes structurelles nécessaires et de mesures favorisant la croissance.

La deuxième, c’est qu’un gouvernement, peu importe l’étendue de ses juridictions, doit vivre selon ses moyens pour répondre aux besoins de la population. Des politiques sociales à crédit, au-delà de nos moyens réels, n’ont que l’apparence du progressisme. Des finances publiques chroniquement déséquilibrées et un endettement excessif menacent notre solidarité encore plus sûrement que bien des idéologies.

Il faut expliquer la situation en termes clairs, proches des réalités de la population.

Dans nos familles, lorsque nos dépenses excèdent largement nos revenus, nous prenons des décisions difficiles, mais nécessaires.

Nous le faisons, parce que nous savons qu’agir ainsi nous permettra d’investir dans les projets qui nous tiennent tous à cœur.

C’est la même logique qu’un gouvernement doit appliquer.

Pour assurer une relance durable de l’économie et préserver sa liberté de choix, notre gouvernement a la responsabilité de gérer les taxes et les impôts si chèrement gagnés par les familles québécoises avec une grande prudence.

Au cours des quatre prochaines années, notre gouvernement fera de la relance de l’économie québécoise et du contrôle des finances publiques les éléments centraux de son action politique.

Le rôle de notre gouvernement, c’est de libérer tout notre potentiel et de combiner nos avantages dans un véritable élan vers la prospérité. Créer un terreau favorisant l’entreprise et l’investissement, plutôt que d’intervenir trop lourdement dans l’économie. A 47 % du PIB, les dépenses publiques y prennent trop de place.

Mercredi dernier, le ministre des Finances a présenté le premier budget de notre gouvernement.

C’est un budget visant la relance de l’économie et le redressement des finances publiques.

Nous soutiendrons les PME, parce qu’elles sont présentent dans toutes les régions du Québec et représentent 50 % des emplois et près de 80 % des nouveaux emplois du Québec.

Nous voulons donner l’oxygène nécessaire afin que nos entrepreneurs prennent les meilleures décisions possible pour leur entreprise.

Notre gouvernement n’entend pas choisir les gagnants et les perdants.

When you decide to invest in a business, you are putting all your trust into the talent, knowledge and skills of your partners.

The government’s role is not to create jobs, entrepreneurs do. Not to pick winners. They will lead on their own, if given the right environment.

Our job is to create an ecosystem that will allow entrepreneurs to express themselves freely.

To do what they do best.

« Dare to compete ».

[Traduction : Quand vous décidez d’investir dans une entreprise, vous faites entièrement confiance au talent, au savoir et aux compétences de vos associés.

La création d’emplois n’incombe pas au gouvernement mais aux chefs d’entreprises. Il ne s’agit pas non plus de choisir les gagnants. Si on leur offre le contexte voulu, ils mèneront leur barque seuls.

Notre tâche consiste à créer un écosystème qui permettra aux chefs d’entreprises de s’exprimer librement.

Pour faire ce qu’ils font de mieux.

« Oser la concurrence ».]

***

We will reduce bureaucracy and red tape.

We will facilitate business transactions with the government.

The government of the people should be an ally, not an obstacle to growth and prosperity.

Let it be heard loud and clear, here and abroad : Quebec is…again…open for business and partnerships.

[Traduction : Nous allons réduire la bureaucratie et la paperasserie.

Nous allons faciliter les transactions des entreprises avec le gouvernement.

Le gouvernement du peuple devrait être un allié et non un obstacle à la croissance et à la prospérité.

Que ce soit proclamé haut et fort, ici et à l’étranger : Le Québec est… de nouveau… ouvert aux affaires et aux partenariats.]

***

Avec nos partenaires canadiens, nous allons renforcer nos relations commerciales. Tout en faisant la promotion de notre caractère distinct au sein du Canada.

Avec nos partenaires internationaux, nous devons exporter plus. Nous devons exporter mieux.

Deux grands projets de notre gouvernement auront, j’en suis persuadé, la vertu d’ouvrir davantage le Québec au monde tout en créant de l’emploi dans l’ensemble de ses régions.

Il s’agit de la relance, dans toutes ses déclinaisons, économique, sociale et environnementale, d’un Plan Nord, et de la mise en œuvre d’une Stratégie maritime.

Leur application intègre les paramètres de rigueur budgétaire qui inspire toutes nos politiques.

Le Plan Nord est le développement intégré – énergétique, minier, forestier, bioalimentaire, touristique – d’un territoire de 1,2 million de kilomètres carrés.

Sur le plan minier, le Nord représente toute la production québécoise de nickel, de cobalt, de platine, de zinc, de minerai de fer et d’ilménite, ainsi qu’une portion substantielle de sa production aurifère.

Le Nord est riche en diamants, uranium, lithium, vanadium. Il est également riche en terres rares.

Plusieurs de ces minéraux sont largement utilisés en informatique, en robotique, pour l’instrumentation médicale, dans l'aérospatiale, ainsi que pour la production de panneaux solaires, d’éoliennes et de véhicules électriques.
 
Le territoire du Plan Nord représente en outre les deux tiers de la capacité de production hydroélectrique installée au Québec, quatrième producteur mondial d’hydroélectricité.

Le Nord comprend aussi la forêt boréale, celle qui couvre une partie du Canada, de l’Alaska, de la Russie et de la Scandinavie.

Il s’agit d’une des dernières grandes forêts intactes, surpassant l’Amazonie en capacité de stockage de carbone, dont il est possible de faire une exploitation durable.

Les eaux froides et peu polluées du Nord sont elles aussi un atout pour l’aquaculture.

Par ailleurs, le réseau hydrographique, les caractéristiques géophysiques du territoire et son caractère sauvage, les aires protégées, l’observation de la faune, le potentiel de croisières, la visite des grandes centrales hydroélectriques offrent un potentiel écotouristique exceptionnel.

Le Plan Nord met une partie de ce territoire à l’abri d’activités industrielles et constitue un réseau d’aires protégées. Il équilibre conservation et développement dans une des plus vastes étendues encore intactes au monde.

Les populations locales et autochtones sont partenaires de ce développement, dans un équilibre entre la préservation de leur culture et leur intégration à l’économie.

Le modèle d’affaires nordique – fondé notamment sur l’intégration des différents modes de transport en un réseau cohérent visant à satisfaire plusieurs usages – permettra de partager le coût des infrastructures nécessaires à la mise en valeur du Nord entre les différents utilisateurs.

À l’échelle d’une nature démesurée, le développement du Nord requerra l’injection d’importants capitaux et sera au centre de stratégies d’investissements internationales.

Il gagnera en outre à profiter de toutes les innovations techniques et d’une coopération scientifique internationale pour développer les connaissances du territoire nordique.

Il n’y a pas de Québec sans le Nord : le Québec économique moderne y est né et c’est là qu’il pourrait bien écrire le prochain chapitre de son évolution.

Il n’y a pas non plus de Québec sans le fleuve, qui est au centre de son histoire et de sa géographie.

« Québec » est un mot amérindien qui signifie « là où le fleuve se rétrécit ». Si la toponymie du Québec est ainsi inspirée par le fleuve, c’est que ce dernier en est l’axe économique et démographique.

Ce grand fleuve d’Amérique, large de 65 kilomètres dans son estuaire, est lié aux Grands Lacs et offre une entrée vers le cœur industriel du continent.

En proposant une vision intégrée des activités économiques liées au fleuve et à la mer, notre Stratégie maritime nous fera mieux tirer parti de nos atouts dans une mondialisation qui ne saurait se concevoir sans transport maritime.

Le contexte est favorable à cette « croissance bleue ».

L’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, sur lequel a été convenu un accord de principe, ainsi que le projet de Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement entre l’Union européenne et les États-Unis, dont on vient d’achever le cinquième cycle de négociations, vont stimuler le commerce transatlantique.

Or, le fleuve Saint-Laurent est la voie la plus courte entre l’Europe et le cœur du continent américain.

L’ouverture, vraisemblablement l’an prochain, du nouveau système d’écluses du canal de Panama, permettant le transit des post-panamax, favorisera les ports de la côte est dans le commerce avec l’Asie.

Tout comme un jour le fera un passage du Nord-Ouest devenu navigable, dans ce qui sera alors, en appliquant le concept du développement durable, un formidable atout commercial fondé au départ sur une mauvaise nouvelle environnementale. 

Pour tirer parti de ces nouvelles donnes, la Stratégie maritime s’assurera d’une chaîne logistique efficace, qui réduira les coûts de transport en harmonisant le développement portuaire avec nos infrastructures routières et ferroviaires.

La Stratégie prévoit ainsi l’implantation d’un pôle logistique à haute valeur ajoutée reliant la Voie maritime, une autoroute de la région et un noeud ferroviaire, qui permettra d’accroître la capacité de manutention du port de Montréal.

La mer accueille 80 % de la biodiversité mondiale, mais seulement 1 % de la microbiologie marine est identifiée. Les avancées permettront la création de filières économiques dans les biotechnologies industrielles, l’agriculture, l’environnement, la santé et le secteur biomédical.

La Stratégie maritime vise aussi à stimuler la prospérité des régions côtières en aidant les pêcheries à développer des produits d'exportation. Elle prévoit, par des mesures éclairées, de développer nos chantiers maritimes.

Nous voulons par ailleurs accueillir encore davantage le tourisme international de croisière, tout comme il convient de hausser la part de l’offre touristique québécoise dévolue aux activités marines, aux croisières d’aventure et de villégiature.

Enfin, le navire est le moyen de transport de marchandises le plus sécuritaire, le plus respectueux de l’environnement et le moins cher. La hausse du transport fluvial et du cabotage abaissera les coûts, rendant les entreprises québécoises plus concurrentielles et limitant leur empreinte carbone.

Sur ce plan, il est bon de rappeler que le Québec a fait office de leader canadien dans la lutte contre les changements climatiques. Nous avons récemment atteint les objectifs fixés à Kyoto et sommes engagés vers une nouvelle destination, celle de réduire de 20 % nos émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990, d’ici 2020.

We have recently started, with California, a joint system of carbon trading. In January 2015, it will move to a new level. We sincerely hope that more of our North American neighbours will join us, in the context of President Obama’s recent initiatives. [Traduction : Nous avons instauré récemment, avec la Californie, un marché commun du carbone. En janvier 2015, nous franchirons un autre palier. Nous espérons sincèrement qu’un plus grand nombre de nos voisins nord-américains se joindront à nous, dans le contexte des récentes initiatives du président Obama.]

***

Distingués invités, chers amis,

Il y a 70 ans se mettaient en place les grandes institutions multilatérales qui allaient définir le monde de l’après-guerre.

À Bretton Woods, petite ville et station de ski entre Montréal et Boston, était créé le Fonds monétaire international.

Mme Christine Lagarde incarne l’esprit de coopération qui anime le FMI depuis sa création.

Mme Lagarde plaide pour un système financier international qui préfère une prospérité durable au profit rapide.

Au risque de pécher par excès d’optimisme, je dirais que ce plaidoyer pourrait, à terme, dominer le discours public.

Ainsi, le gouverneur de la Banque d’Angleterre et ancien gouverneur de la Banque du Canada s’en prenait récemment à une certaine idée du capitalisme.

La prospérité, dit Mark Carney, requiert certes d’investir en capital, mais aussi en capital social, c’est-à-dire dans les liens, dans les valeurs partagées, qui amènent les individus non seulement à prendre leurs responsabilités, mais à travailler ensemble, dans un esprit de soutien mutuel.

Quand, dit-il, les gains de court terme deviennent le critère suprême, quand s’accroissent les inégalités et que s’amenuisent les perspectives, c’est peut-être qu’on a oublié que le capitalisme financier n’est pas une fin, mais un moyen.

Celui de promouvoir l’investissement, l’innovation, la croissance, la prospérité… et la liberté.

Jacques Attali, pour sa part, célèbre le capitalisme qui crée plutôt que de dominer, qui innove plutôt que de spéculer.

Mais je crois que, sur ce plan, la directrice générale du Fonds monétaire international sera beaucoup plus éloquente que je ne saurais l’être.

C’est pourquoi nous aurons, dans quelques minutes, l’occasion de l’entendre.

***

En terminant, je vous dirai tout simplement ceci : nous avons un plan, nous avons une équipe expérimentée et compétente pour le réaliser. Plus que jamais, il est maintenant temps d’investir au Québec.

Le Québec fera partie de la prochaine ère de croissance et, comme le disait le ministre des Finances à l’occasion de la présentation du premier budget de notre gouvernement : « l’espoir entre toujours par la porte que l’on a laissée ouverte ».

Je vous remercie.

 

Philippe Couillard
Premier ministre du Québec


Mise en ligne : 9 juin 2014


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