Gouvernement du Québec

Premier ministre

Restaurer la taille du texteAugmenter la taille du texte

Réactions du premier ministre du Québec aux résultats des élections fédérales

Québec,, le mardi 3 juin 1997 - Voici le texte de la déclaration faite par le premier ministre du Québec, M. Lucien Bouchard, à la suite des résultats des élections fédérales, lors d’un point de presse tenu ce matin à Dorval.

Commentaires généraux

« D’abord j’aimerais féliciter l’ensemble des candidats du Québec qui ont fait la campagne, les gagnants et les perdants, et féliciter les trois chefs de parti qui ont reçu hier la confiance des Québécois.

Je féliciterai surtout le chef du Bloc québécois, M. Gilles Duceppe, qui a réuni autour du Bloc la plus grande part des Québécois. Le Bloc québécois représente aujourd’hui une forte majorité des circonscriptions du Québec. C’est un résultat heureux car, aujourd’hui plus que jamais, les Québécoises et les Québécois ont besoin de défenseurs inconditionnels face à la nouvelle réalité canadienne.

Je note que la participation au vote au Québec, d’environ 70 % plutôt que 77 % en 1993, explique en bonne partie les quelques pertes enregistrées par le Bloc.

Montée du Reform

Dans cette élection, l’événement majeur est la montée du Reform Party et son accession au titre d’Opposition officielle.

Pendant la campagne électorale, deux partis, le parti libéral et le parti conservateur, ont proposé aux Canadiens anglais de reconnaître symboliquement le Québec comme une « société distincte », mais en précisant que cette reconnaissance n’entraînerait aucun gain tangible pour le Québec. Cette coquille vide était, de toute évidence, inacceptable pour les Québécois, qui l’avaient d’ailleurs déjà rejetée au référendum de 1992.

Pourtant, l’élection porte un message encore plus clair. La montée du Reform Party signifie qu’une grande partie du Canada anglais exprime politiquement, de manière concrète, son refus de toute reconnaissance de la spécificité québécoise, quelle qu’elle soit, même vide de sens.

Pour la première fois depuis 1867, l’opposition officielle à Ottawa rejette formellement l’idée que le Canada repose sur la cohabitation de deux nations fondatrices. Ce fait nouveau est extrêmement significatif.

Il y a quinze ans, en 1982, les élites canadiennes avaient procédé à une déchirure juridique du pacte fondateur, en imposant au Québec une constitution qui réduisait ses droits. Quinze ans plus tard, le 2 juin 1997, une grande partie des électeurs canadiens traduisent cette déchirure dans l’urne, en exprimant sans équivoque que le Canada réel tourne le dos à la notion de deux peuples fondateurs.

M. Manning déclarait hier soir que son accession au titre de chef de l’opposition était une étape sur la route du Canada du 21e siècle. Le Canada de demain, c’est donc celui de la nation canadienne unique, uniforme, répudiant la notion et la réalité même de peuple québécois.

C’est donc un jour sombre pour les fédéralistes québécois qui pensaient encore pouvoir forger un renouveau avec le Canada anglais. S’il subsiste aujourd’hui des gens de bonne volonté au Canada sur cette question, les électeurs du Reform viennent d’imposer un verrou qui empêche désormais tout consensus canadien véritable sur la reconnaissance concrète du peuple québécois.

Les Québécois doivent aujourd’hui prendre acte du message canadien. Les Québécoises et les Québécois sont désormais face à un choix clair : ou bien se conformer à un Canada uniforme, dans lequel le Québec ne peut être autre chose qu’une province comme les autres, ou bien se donner un pays à soi, un pays souverain, le seul qui puisse reconnaître son existence et son avenir.

J’ai pour ma part l’intime conviction que cette élection fédérale, porteuse de messages nombreux, dont celui-ci : il s’agit de la dernière élection fédérale de l’histoire du Québec.

Résultats au Québec

Les résultats enregistrés au Québec sont également forts significatifs. D’abord, soulignons qu’une très forte majorité de Québécois - presque deux sur trois - ont rejeté le parti libéral de M. Jean Chrétien, et ont ainsi signifié leur refus du plan B des libéraux et de leur dérive de plus en plus anti-démocratique. Les électeurs de Saint-Maurice, en particulier, en réduisant de façon significative la majorité du premier ministre, ont signifié le malaise provoqué au Québec par les positions anti-québécoises du premier ministre.

Je tiens à cet égard à saluer la campagne vigoureuse d’Yves Duhaime dans Saint-Maurice.

Globalement, M. Chrétien a obtenu une majorité simple de siège au Parlement. Précisément, il a obtenu 50 % plus 4. Nous reconnaissons cette majorité.

Dans une forte majorité de circonscriptions, les électeurs et électrices ont élu à nouveau des députés du Bloc québécois, les seuls qui se soient engagés haut et fort à défendre les intérêts du Québec et la démocratie québécoise.

En ce qui concerne Jean Charest, son échec réside dans le rejet de ses politiques et de son message. Marginal au Québec, il n’aura recueilli qu’un vote de protestation, essentiellement concentré dans les Maritimes.

L’avenir et le gouvernement du Québec

Pour ce qui est du gouvernement du Québec, nous avions exprimé nos craintes, la semaine dernière, devant l’émergence possible d’un « couple infernal » à Ottawa. Un premier ministre libéral qui a montré ses couleurs anti-démocratiques en ce qui concerne le Québec, poussé sur sa droite par une opposition officielle qui nie notre existence comme peuple et nos droits.

Cette crainte est maintenant réalité. En tant que premier ministre du Québec, j’appelle aujourd’hui tous les démocrates, souverainistes et fédéralistes, à se joindre à nous pour nous battre pied à pied pour défendre les droits du Québec, pour défendre la démocratie québécoise »..


- 30 -


Mise en ligne : 3 juin 1997


Accessibilité   |   Politique de confidentialité   |   Droits d’auteur

Gouvernement du Québec
© Gouvernement du Québec, 2017