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Inqualifiable ingérence du premier ministre du Nouveau-Brunswick dans les affaires du Québec

Montréal, le mercredi 6 août 1997 - En réaction au contenu de l’article publié dans le journal The Gazette d’aujourd’hui, et après avoir pris connaissance de la lettre du premier ministre du Nouveau-Brunswick, M. Frank McKenna, qui appuie un groupe prônant activement la partition, le premier ministre du Québec, M. Lucien Bouchard, a fait parvenir, cet après-midi, une lettre à M. McKenna dans laquelle il exprime la position du gouvernement du Québec sur l’intégrité du territoire québécois. Voici in extenso la lettre du premier ministre du Québec:


Montréal, le 6 août 1997

Monsieur Frank McKenna
Premier ministre du Nouveau-Brunswick

Monsieur le Premier ministre,

J’ai pris connaissance, aujourd’hui, de la lettre injustifiable que vous avez envoyée à un groupe politique faisant la promotion active de la partition du Québec, alors même que vous vous apprêtiez à présider la conférence des premiers ministres des provinces à Saint-Andrews.

Dans cette lettre, vous vous déclarez en parfait accord avec des résolutions municipales prônant la partition du Québec et vous dites espérer que d’autres municipalités en adopteront de semblables.

Votre intervention dans ce dossier constitue non seulement une ingérence sans précédent d’un premier ministre provincial dans les affaires québécoises, mais vient appuyer une position fondamentalement antidémocratique, que le droit international et l’histoire des peuples ont maintes fois rejetée.

Votre décision d’adresser cette lettre, favorable à un des aspects les plus répréhensibles du plan B, à quelques jours de l’ouverture de la conférence, alors que celle-ci ne doit nullement aborder les questions constitutionnelles, m’apparaît pour le moins inconvenante.

En tant que premier ministre du Québec, je réitère ici que l’intégrité territoriale du Québec et la capacité du peuple québécois, en son entier, de déterminer son avenir sont des principes défendus par tous les partis représentés à l’Assemblée nationale. Ces principes ont été maintes fois affirmés publiquement par mes prédécesseurs, y compris MM. Daniel Johnson et Robert Bourassa.

Lors des référendums de 1980 et de 1995, c’est l’ensemble du peuple québécois qui s’est prononcé. Tous les électeurs, y compris ceux des villes ou régions qui ont voté Oui, se sont pliés à la décision majoritaire. Il en sera de même à l’occasion d’un nouveau référendum que mon parti a l’intention de tenir, s’il emporte la prochaine élection. Toute autre solution, donnant pour ainsi dire «deux droits de vote» à certains des électeurs du Non, serait contraire à tous les principes de démocratie et de justice.

L’histoire canadienne elle-même récuse un tel comportement. En 1949, lorsque 52% des Terre-Neuviens ont choisi de se joindre à la fédération canadienne, l’intégrité du territoire de Terre-Neuve ne fut nullement mise en cause, et les 48% des électeurs ayant voté Non ont respecté la volonté majoritaire. Les Québécois ont-ils, selon vous, moins de droits démocratiques que les Terre-Neuviens ?

Ailleurs dans le monde, lorsque d’anciennes provinces d’État fédéré accèdent au statut d’État souverain, ce qui s’est produit à de nombreuses reprises au cours de la dernière décennie, le droit international récuse fermement toute tentative de démembrement du nouvel État.

Nous constatons depuis quelques mois que, dans la défense de leur cause, des porte-parole fédéralistes sont disposés à tourner le dos aux principes démocratiques. La déclaration du premier ministre canadien Jean Chrétien, selon laquelle une réponse positive de 50% plus un, même à une question qu’il aurait lui-même rédigée, n’entraînerait pas le respect de cette décision, montre à quel point la tentation antidémocratique fait des progrès dans ces milieux.

Les déclarations de la nouvelle ministre de la Justice, Mme Anne McLellan, sur la divisibilité du Québec, la désignation, contre le voeu du Québec, d’un amicus curiae dans un renvoi purement politique à la Cour suprême, puis votre lettre propartionniste du 23 juillet, sont autant d’éléments qui poussent les Québécois à douter, de plus en plus, de la tradition démocratique dont le Canada s’enorgueillit pourtant.

Quelles que soient ces dérives, le gouvernement du Québec, avec l’appui unanime de l’Assemblée nationale réitéré encore ce printemps, a l’intention de mener le débat sur l’avenir du peuple québécois en respectant scrupuleusement les règles démocratiques dont le Québec s’est doté et en défendant fermement les droits des Québécois.

Le projet de souveraineté en est un d’ouverture. Si les Québécoises et les Québécois décident, majoritairement, de le mettre en oeuvre, il sera à leur image et en continuité avec leurs valeurs de tolérance et de pluralisme.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de mes sentiments les meilleurs.


Lucien Bouchard


Pièce jointe : lettre de M. McKenna au Québec Committee for Canada :


July 23, 1997


Dear Mr. Shapiro and Dr. Suissa,

It was with great pleasure that I received your letter concerning the Québec Committee for Canada. I not only give my unequivocal support, but I applaud your effort and your initiative in the formation and continuation of this group. It is indeed a worthy accomplishment to obtain the commitment of 40 Québec municipalities to "Staying Canadian."

One of my strongest beliefs is that Canada, imperfections and all, offers its citizens - all of its citizens - more opportunities and possibilities than any other nation on earth. Like all Canadians, I don’t need the United Nations to tell me that; I know it in my heart and I feel it everyday. I feel it when I meet other Canadians, New Brunswickers and Quebekers alike, and I feel it when I meet visitors to our country who are truly in awe of what we have accomplished in a united Canada.

In our long history of living together, New Brunswickers have maintained a great fondness for Quebecers. We are neighbours, we share a border, we have intermarried, we have family and friends living in Québec. New Brunswick has the largest percentage of francophones in one province (outside Québec) of anywhere in North America. Francophones in our province understand the challenges of living in a minority environment. We have a great relationship with our sister province Québec and we want to build on that relationship. We do not want that relationship destroyed.

I am in full agreement with the resolutions that you have put forth to the municipalities of Québec, and are optimistic that even more will embrace them. I wish you the best of luck in your endeavour and join you in your wish for a truly united Canada forever.

Sincerely

Frank McKenna

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Mise en ligne : 6 août 1997


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