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Allocution du premier ministre du Québec, monsieur Philippe Couillard, à la Cérémonie commémorative à l’occasion du 1er anniversaire
de l’attentat contre la mosquée de Québec

La version prononcée fait foi.

Bonsoir à tous.
Issalam Aleikum.

Déjà un an; un an depuis le choc… l’horreur.

Six Québécois de confession musulmane, assassinés pour cette seule raison; cinq blessés, avec séquelles graves.

Pour ces victimes et leurs proches, la souffrance n’est pas terminée. Ils étaient venus pour prier, pour être ensemble dans la paix et la fraternité.

Il ne faut pas oublier le nom des victimes :

  • Khaled Belkacemi
  • Azzedine Soufiane
  • Abdelkrim Hassane
  • Aboubaker Thabti
  • Mamadou Tanou Barry
  • Ibrahima Barry

Qu’ils reposent en paix.

Il ne faut pas oublier le nom des blessés :

  • Aymen Derbali
  • Saïd Akjour
  • Saïd El-Amari
  • Nizar Ghali
  • Mohamed Khabar

Et celui des proches des victimes. Que leur guérison se poursuive, malgré la douleur du corps et de l’âme.

Déjà un an : une ville, une nation, un pays… ébranlés. Nous nous sommes dit « Quoi? Chez nous aussi? »

Aussi, il y a un an, cette belle manifestation de solidarité : ici même, des milliers de Québécois et de Québécoises sont venus dire, haut et fort, non à la violence, oui à la fraternité.

Une communauté blessée qui, malgré tout, a ouvert les bras : Portes ouvertes, cette belle initiative pour les sans-abris; des mots de pardon, lors des funérailles; des mots pour rassurer les Québécois. Pensons-y un instant : il en faut, du courage, de l’abnégation pour pardonner, pour rassurer les autres, alors qu’on souffre tant!

Je veux dire, ce soir, mon admiration pour les Québécois et Québécoises de confession musulmane, citoyens et citoyennes de notre capitale nationale, qui ont choisi de répondre par la main tendue, par des mots d’amitié.

Si cette tragédie doit avoir un sens – si elle peut en avoir un –, je veux vous dire que ce sont ces mots, ces mains qui, le mieux, l’ont montré.

M. Benabdallah et d’autres l’ont dit : il y a eu du progrès au cours de cette année. C’est vrai. C’est vrai aussi que beaucoup reste à faire. Dans notre société, comme dans d’autres, les mots, les gestes haineux sont encore parmi nous.

Alors, chers amis, unissons-nous pour dire notre rejet de la violence, de toute forme d’exclusion et d’intolérance pour des raisons religieuses, mais aussi pour toutes les autres raisons que les humains invoquent pour exclure… pour justifier l’injustifiable; pour nous souvenir, encore une fois, que les mots comptent : ceux que l’on dit, que l’on écrit, ceux qui blessent, mais aussi ceux qui guérissent. Les gentillesses quotidiennes des uns envers les autres vont plus loin que tous les discours : les « bonjour », « comment ça va », sonores, souriants et amicaux au coin de la rue, au marché ou à l’école.

Continuons à mieux nous connaître, nous reconnaître, à bâtir sur ce qui nous rassemble.

Plus spécifiquement, aux Québécois de confession musulmane, disons ensemble : « Merci d’avoir choisi le Québec, de venir construire avec nous. Merci de parler notre langue commune avec vos accents venus du soleil. Nous vivons ensemble. Nos enfants jouent, étudient ensemble, et nous voulons tous le meilleur pour eux, pour elles.

Je le redis, même si cela devrait aller de soi : « Vous êtes parmi nous, bien sûr. Vous faites partie de nous. Vous êtes chez vous. »

Il n’y a qu’une citoyenneté, de même valeur pour tous. Quelles que soient nos croyances, la couleur de notre peau, quels que soient le soleil qui nous a vus naître, la date de notre arrivée ou de notre naissance, nous avons tous et toutes quelque chose en commun : nous-mêmes, ou nos ancêtres, sommes venus d’ailleurs pour rejoindre les Premières Nations. Et, aujourd’hui, sur cette terre que nous avons en commun, nous sommes tous Québécois et Québécoises à part entière. Ce soir, émus par le souvenir, nous le ressentons intensément. À nous de faire en sorte que demain, le mois prochain, l’année prochaine, nous agissions en conséquence.

Continuons, ensemble, à faire du Québec un lieu de fraternité, de solidarité, un lieu de partage, un lieu de mains tendues, plutôt que de poings serrés.

Comme toute société, nous avons nos différends, nos débats, nos disputes. À nous de rejeter la violence, de choisir la non-violence, qui n’est pas faiblesse, mais plutôt force tranquille.

Ces paroles de Martin Luther King sont toujours et encore d’actualité : « L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine; seul l’amour le peut. » Écouter ces paroles, c’est bien; mais en faire une réalité, c’est plus difficile. Cette difficulté, elle fait partie de ce qui nous rend humains.

À nous, maintenant, de garder notre maison, nos oreilles et notre cœur bien ouverts. À nous de briser les murs de la peur de l’autre. Les murs que nous dressons, nous pouvons aussi les abattre. Comme toute belle chose, cela nécessite un effort, une énergie soutenue. Ce n’est pas la voie la plus facile, certes, mais je sais que nous réussirons.

Ce soir, dans la douleur du souvenir, je veux dire que j’ai confiance. Depuis plus de quatre cents ans, nous, Québécois, Québécoises, avons fait ensemble de grandes choses. Nous ferons aussi celle-là… ensemble.

Honneur aux disparus.
Paix sur terre et parmi nous.

Bonne soirée.


Mise en ligne : 29 janvier 2018


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