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Québec, les 10 et 11 février 2016 Allocution du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, lors du colloque 2016 de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER)

La version prononcée fait foi.

Merci, Monsieur Letellier,

Monsieur Daniel Giguère, président du conseil d’administration de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable,

Monsieur Jean-François Samray, président-directeur général de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable,

Madame Dominique Anglade, ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique,

Monsieur Sam Hamad, ministre responsable de l’Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes, président du Conseil du trésor et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale,

Monsieur Nicolas Chibaeff, consul général de France à Québec,

Madame Melissa Saganash, directrice des Relations Cris-Québec,

Monsieur Éric Martel, président-directeur général d’Hydro-Québec,

Partenaires du milieu,

Je tiens d’abord à remercier le président-directeur général de l’AQPER, M. Jean-François Samray, de m’avoir invité à ce colloque 2016. 

Depuis maintenant 25 ans, votre association est au cœur des grands débats sur les enjeux énergétiques au Québec, et votre apport a été précieux. Il le sera encore plus dans l'avenir.

En regroupant toute l’expertise québécoise en matière d’énergies renouvelables, les membres de l’Association constituent les forces vives du Québec. 

Sachez que notre gouvernement est votre allié; un allié des travailleurs, des entrepreneurs et des communautés qui croient, comme nous, à la nécessité de développer et de faire prospérer cette industrie, votre industrie, celle qui permettra de faire de notre nécessaire transition énergétique une source de nouvelle prospérité durable pour le Québec.

***

Au cours des derniers mois, j’ai rencontré des travailleurs, des entrepreneurs, des leaders politiques et des investisseurs, au Québec, dans le reste du Canada et un peu partout à travers le monde.

Deux mots retiennent l’attention; deux mots simples, mais d’une grande signification, deux mots qui orienteront les actions que nous poserons ensemble comme société, au cours des prochaines années : décarbonisation et innovation.

Le premier, c’est la décarbonisation : c’est quitter progressivement le monde du pétrole pour celui de l’avenir; une transition pour diminuer notre dépendance au pétrole.

De Montréal à Toronto, de Mexico à Bruxelles, en passant par Beijing, le milieu des affaires constate un changement irréversible. 

Le milieu financier lui-même s'inscrit dans ce changement; un virage très significatif (Carney, Leroux).

Que nous soyons au Forum économique mondial de Davos, au Climate Week, à New York, à la Conférence de Montréal ou à la Conférence de Paris sur le climat, le constat est clair.

Nous devons décarboniser notre économie :

  • Décarboniser, parce que ce qui est bon pour l’environnement est aussi bon pour l’économie;
  • Décarboniser, parce que les décisions d’investissements incluent maintenant les considérations d’ordre environnemental (Amazon Web Services);
  • Décarboniser, parce que la transition ou la substitution énergétique est plus qu’une nécessité; c’est une réalité. 

Et le deuxième, c’est l’innovation, indispensable pour une économie comme la nôtre, dans le monde d'aujourd'hui et de demain :

  • Innover pour développer notre expertise;
  • Innover pour demeurer compétitifs sur les marchés mondiaux;
  • Innover pour exporter notre savoir-faire;
  • Innover pour atténuer les effets des changements climatiques sur notre qualité de vie et celle de nos familles.

Et faire les deux de front – innover pour décarboniser notre économie –, c’est ce que vous faites, chaque jour. Et c’est le grand défi que notre gouvernement veut relever avec vous.

Bâtir une économie qui considère la lutte contre les changements climatiques comme un pôle incontournable de développement, donc une économie qui réduit l'empreinte carbone, qui crée de nouvelles technologies, donc de nouveaux emplois de qualité, partout dans nos régions.

***

Des défis similaires, le peuple québécois en a relevé, tout au long de son histoire. 

Collectivement, nous avons fait des choix qui ont tracé notre avenir énergétique.

Une de nos réalisations collectives qui a guidé nos gestes et a fait du Québec un leader en énergie renouvelable, c’est l’hydroélectricité.
 
Ce choix a profondément transformé notre profil énergétique, au fil des époques, et nous a menés sur la voie de l’excellence. 

La création d’Hydro-Québec, sous la direction du premier ministre Adélard Godbout, puis la nationalisation de l'électricité, sous le premier ministre Jean Lesage, nous ont propulsés dans l’ère des premiers grands chantiers.

À son tour, le premier ministre Robert Bourassa donnera le coup d’envoi à l’aménagement du complexe La Grande, à la baie James, l’un des plus vastes complexes de production hydroélectrique au monde, rendu possible grâce à un pacte historique avec les Premières Nations.

Puis, le premier ministre Jean Charest a poursuivi ce développement, en plus de lancer le premier plan d’action en électrification des transports du Québec.

Aujourd’hui, le Québec est le quatrième plus grand producteur d’hydroélectricité au monde. Soyons-en fiers. Hydro-Québec veut aller encore plus loin, jouer tout son rôle dans l'électrification des transports et rayonner à nouveau sur la scène internationale.

C’est grâce à l’expertise exceptionnelle développée ici, chez nous, que le Québec est devenu un chef de file mondial en hydroélectricité.

Et je sais que c’est grâce à cette même expertise, votre expertise, que le Québec deviendra, dans un avenir rapproché, un leader mondial de la production en énergies vertes.

Nous avons le talent pour y arriver. Nous y arriverons, ensemble.

***

Dans la prochaine politique énergétique 2030, nous réitérerons, bien sûr, ce choix de l’hydroélectricité. Elle continuera d’alimenter notre croissance économique, dans une perspective de développement durable.

Déjà, à 46 %, dont 99 % de l’électricité, la part des énergies renouvelables, chez nous, est importante.

Mais nous pouvons faire mieux. Nous fixerons des cibles ambitieuses. 

Mais pour devenir une force incontournable dans le domaine des énergies renouvelables, il faut développer tous nos atouts.

Et ces atouts, c’est vous.

C’est pourquoi la politique énergétique que nous présenterons visera notamment à augmenter l’apport des énergies renouvelables au portefeuille énergétique du Québec; une vision que je sais être aussi la vôtre.

Tout le portefeuille renouvelable : un développement éolien réfléchi, dans des circonstances et avec des objectifs précis; la biomasse sous plusieurs formes, dont les biocarburants; les matières résiduelles comme source d'énergie.

La nouvelle politique énergétique nous permettra, avant tout, d’accomplir une transition énergétique cohérente vers une économie à faible empreinte carbone, tout en générant des occasions de croissance économique.

En fait, notre désir est d’aller encore plus loin. Nous croyons qu’il est nécessaire de transformer en profondeur nos habitudes et notre vision des différentes filières énergétiques.

Nous avons tous, chacune et chacun, un rôle majeur à jouer dans cette transition énergétique. C’est en modifiant nos habitudes de consommation que nous réussirons à réduire nos besoins énergétiques et à choisir des énergies renouvelables ou à faible émission de gaz à effet de serre.

Pour atteindre ces cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le Québec doit pouvoir compter sur les efforts de tous les secteurs, sans exception : résidentiel, public, commercial, industriel et, bien sûr, le secteur des transports. La transition énergétique implique l’action cohérente et concertée d’un très grand nombre d’acteurs, y compris les consommateurs.

Pour opérer cette transition, nous nous sommes donné des cibles ambitieuses et exigeantes. Elles sont essentielles au virage que nous voulons prendre.

Premièrement, nous allons améliorer l’efficacité avec laquelle nous utilisons l’énergie. Je ne vous apprends rien en vous disant que l’énergie la moins coûteuse est celle que nous économisons.

Nous avons de la chance d'avoir de grandes quantités d'énergie disponible. Nous allons l'exporter, l'utiliser pour attirer des entreprises chez nous. Ne nous laissons pas endormir par ce confort apparent : de nouveaux contrats d'exportation, l'installation de nouvelles entreprises peuvent rapidement changer la donne. Il faut donc, dès maintenant, réfléchir au portefeuille énergétique dont nous voulons nous doter au cours des prochaines années. 

Réduire notre dépendance au pétrole, c’est réduire notre empreinte carbone; c’est s’assurer de mettre en valeur les solutions de transition, notamment le gaz naturel (dont la nature changera aussi), particulièrement sous forme liquide : Bourque (Petrolia), Stoltz, Gaz Métro, pour n’en nommer que quelques-uns; des partenariats à assurer et à poursuivre.

En revanche, comme je le précisais plus tôt, nous prévoyons mettre en place toutes les mesures nécessaires pour augmenter la production totale d’énergie renouvelable et de bioénergie.

En somme, avec cette nouvelle politique énergétique, nous miserons sur les forces du Québec.

Notre volonté est claire, et nos objectifs sont ambitieux.

Nous voulons faire du Québec un chef de file nord-américain dans les domaines de l’efficacité énergétique et de l’énergie renouvelable, pour ainsi bâtir une économie nouvelle, forte et à faible empreinte carbone.

Passons maintenant de la parole aux actes. Nous devons être cohérents et prendre les décisions nécessaires. Parler d’économie verte, c'est assez facile. Agir en conséquence est une autre paire de manches; on l'entend très bien, cette semaine.

Il est essentiel que notre plan de lutte contre les changements climatiques, la politique énergétique et nos initiatives de développement économique soient cohérentes, en elles-mêmes et entre elles. Et lorsque des compromis sont nécessaires, utilisons-les comme source d'innovation exportable pour votre industrie.

***

Le Québec est placé au bon endroit, au bon moment. Nous partageons une ambition commune.

Il faut que cette ambition soit celle de tout le Québec : dans nos villes, aussi dans nos régions. La biomasse, les biocarburants, c'est beaucoup en région que cela va se passer; il y a de beaux projets en élaboration, notamment avec la biomasse forestière.

Avec le concours, aussi, et au bénéfice des Premières Nations et des Inuits. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Val-Jalbert, la 11e chute sont des projets dans lesquels les Innus sont partenaires. La nation crie est au cœur de notre développement hydroélectrique. Les autres nations sont aussi invitées à bâtir des alliances semblables. Un jour viendra où les villages côtiers du Nunavik seront libérés du diesel, produiront de l'électricité propre et, pourquoi pas, des légumes frais en serre. Bien des rêves deviennent possibles.

Oui, nous avons, au Québec, des ressources et des infrastructures, mais nous avons surtout tous les talents nécessaires et toutes les solutions à offrir pour améliorer notre performance énergétique et devenir un pôle d’attraction pour les investissements étrangers. Et ces talents sont ici, dans cette salle.

Nous entendons agir sur la consommation énergétique des ménages et des entreprises commerciales, sur les choix énergétiques des entreprises industrielles de même que sur les habitudes de déplacement des personnes et le transport des marchandises. Ce virage, bien plus que celui d'un gouvernement, doit être celui d'une société.

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Nous irons à l’étranger pour faire connaître l’avantage Québec. À la stabilité politique, à la gestion responsable des finances publiques, à nos politiques fiscales attractives, à nos grandes stratégies sectorielles nous ajoutons maintenant ce message : en investissant au Québec, vous investissez dans un milieu véritablement et concrètement engagé dans la lutte contre les changements climatiques et la transition vers encore plus d'énergies renouvelables. En branchant vos ordinateurs et vos machines chez nous, vous faites le choix rentable et responsable que de plus en plus de vos actionnaires et de vos clients demandent.

Déjà, lors des missions commerciales que nous effectuons, des entreprises comme Gaz Métro, Boralex, Enerkem, Innergex, Enercon Canada et SNC-Lavalin ont pu consolider leurs relations avec des partenaires de premier plan. Exemple : Chine, Mexique (TM4).

Les opportunités seront nombreuses pour développer de nouveaux marchés, grâce à la conclusion positive des négociations entourant l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne, le Partenariat transpacifique, nos liens avec les États américains et nos voisins des provinces canadiennes.

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Je vous rappelle également que le Fonds vert demeure un levier financier puissant pour la nouvelle économie du Québec. À ce titre, il importe qu’il soit géré de façon optimale et que l’on communique mieux ses résultats à la population, dans un souci d’amélioration continue. Cette réforme repose sur les trois grands principes de gouvernance que sont la rigueur, la transparence et la reddition de comptes.

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Nous avons du pain sur la planche. 

Et pour relever ce défi, le Québec a besoin de vous. Votre savoir-faire et votre audace seront sollicités dans les années à venir.

Pour que les producteurs d’énergies renouvelables contribuent davantage au portefeuille énergétique du Québec, les partenariats sont essentiels.

Les partenariats interentreprises présentent également beaucoup d’avantages, entre autres sur le territoire du Plan Nord. Le cas inspirant de la première éolienne en milieu arctique est un exemple éloquent : grâce au partenariat déployé avec l’entreprise Tugliq, la compagnie minière Raglan a grandement diminué sa consommation annuelle de diesel, au profit de l’électricité produite par une éolienne installée au Nunavik. Pour les communautés nordiques isolées, le virage vers l'éolien, vers les hydroliennes, dans certains cas, tracera un nouvel avenir.

Enfin, divers partenariats continueront à être développés entre le gouvernement, les entreprises et les collectivités. Par l’entremise d’Hydro-Québec, nous entendons ainsi subvenir aux besoins en énergies vertes des villes et villages éloignés qui en font la demande, comme c’est le cas, entre autres, des communautés établies sur le territoire du Plan Nord ou des Îles-de-la-Madeleine. 

Notre gouvernement voit également d’un bon œil les initiatives visant à munir les propriétaires de résidences d’installations énergétiques autonomes, déjà entreprises à petite échelle au Québec (solaire). Nous comptons, pour ce faire, nous inspirer du modèle du Vermont et de ce qui se fait déjà chez nous. 

Tout cela en respectant, bien sûr, les communautés. L’acceptabilité sociale doit également être à la base des gestes que nous posons.

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Je conclurai en vous indiquant que votre contribution est essentielle au succès du Plan économique du Québec. Le Québec a besoin de votre talent, et je sais que vous ne demandez qu'à le mettre à contribution.

Pour réussir, au 21e siècle, il faut que ces deux grands vecteurs imprègnent toutes nos actions, toutes nos décisions : innovation et décarbonisation. Je viens de décrire votre industrie par ces deux mots.

Au cours des dernières décennies, l’hydroélectricité a propulsé le Québec. En ce début de troisième millénaire, les énergies renouvelables nous propulseront encore plus loin!

Notre vision, j’en suis convaincu, permettra de faire du Québec d’aujourd’hui et de demain un Québec prospère, plus vert et plus durable. Et plus juste, parce que plus prospère.

C’est pourquoi je vous invite à prendre toute la place qui doit être la vôtre. Vous trouverez en nous des alliés et des partenaires.

Merci.


Mise en ligne : 11 février 2016


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