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Premier ministre

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Montréal, le 8 juin 2015 Allocution du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, à l’occasion du déjeuner-causerie d’ouverture de la Conférence de Montréal

La version prononcée fait foi.

Monsieur le Président fondateur de la Conférence de Montréal, M. Gil Rémillard,
Son Excellence, Madame  la Secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean,
Madame la Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie de la République française, Ségolène Royal,
Madame la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre,
Monsieur le ministre du Développement international et ministre de la Francophonie, Christian Paradis,
Collègues du Conseil des ministres,
Monsieur le chef de l’opposition officielle, Pierre Karl Péladeau,
Collègues de l’Assemblée nationale
Madame la Procureure générale et ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario, Madeleine Meilleur,
Monsieur le maire de Montréal, Denis Coderre,
Mesdames et messieurs membres du corps consulaire,
Invités de la table d’honneur,
Distingués invités, chers amis,

C’est un honneur et un plaisir de prendre part, pour la deuxième fois, à cette Conférence de Montréal. Je félicite M. Gil Rémillard et tous les organisateurs qui, année après année, réunissent des participants, des décideurs de haut niveau dans notre métropole.

J’aimerais également saluer les diplomates en poste au Québec qui sont ici avec nous aujourd’hui.

Au mois de novembre dernier, j’ai eu le privilège d’assister à Dakar à un moment historique. À cette occasion, 80 chefs d’État et de gouvernements membres, dont ceux du Québec, du Nouveau-Brunswick et du Canada, désignaient Mme Jean à titre de Secrétaire générale de l’OIF.

Elle succédait à M. Abdou Diouf du Sénégal et à M. Boutros Boutros-Ghali de l’Égypte.

Une nomination méritée certes, et significative à plusieurs égards.

Une première femme à la tête de l’Organisation. Une fierté pour le Québec, pour le Canada et pour Haïti.

Tout comme Dany Laferrière qui, à son tour la semaine dernière, rejoignait les rangs des immortels à l’Académie française. Ce jour-là aussi, une fierté pour le Québec, le Canada et pour Haïti.

Autant de preuves que notre héritage, notre diversité et nos identités parfois multiples nous renforcent et que surtout, nous n’avons pas à choisir parmi l’une d’elles, car elles définissent toutes ce que nous sommes. Pour affirmer une identité, nul besoin d'en effacer, d'en diminuer ou d'en rejeter une autre.

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Chaque année depuis maintenant 21 ans, la Conférence de Montréal s’affirme comme l’un des grands forums de réflexion sur les défis qui caractérisent notre époque.

Gouverner, c'est définir les grands équilibres à réaliser, proposer et mettre en place des politiques qui y répondent. Chaque époque a eu les siens. La nôtre ne fait pas exception :

Gestion rigoureuse des finances publiques et croissance;
Développement économique et protection de l'environnement;
Mondialisation et démocratie;
Diversité culturelle dans un monde qui tend vers l'uniformité;
Maintien d'une identité forte dans le contexte d'une diversité qui croît de façon inéluctable.

Ces équilibres, et les solutions proposées définissent l'essence de nos débats politiques et, ultimement, l'avenir de nos sociétés.

Il y a un an, la population québécoise a confié à mon équipe le mandat de tourner le dos à l'instabilité politique, de relancer une économie qui battait de l’aile et d’assainir nos finances publiques.

Afin d'assurer sa prospérité, le Québec d’aujourd’hui et de demain doit demeurer un terreau fertile pour l’investissement, l’entrepreneuriat et la création de richesse.

Depuis la grande récession de 2008, le paysage de l’économie mondiale a changé. Cette situation amène des défis, mais bien sûr des opportunités à saisir.

Les perspectives ouvertes par les baisses à la fois des prix du pétrole, du dollar canadien et des taux d’intérêt sont de nature à stimuler les investissements, l’innovation et les exportations.

Le changement profond associé à la civilisation numérique, notamment ses conséquences sur le marché du travail qui se transforme très rapidement, est un enjeu économique et social de la plus haute importance. Sans une réponse appropriée (notamment la formation) nous courons le risque de voir nos populations se fracturer : à une extrémité une population mal préparée à y faire face, prisonnière d'emplois précaires et mal rémunérés. À l'autre extrémité, d'autres personnes qui, grâce à leurs connaissances et compétences, occuperont le haut de l'échelle sociale. Entre les deux, une classe moyenne qui s'effrite, des emplois qui disparaissent littéralement sous nos yeux. C'est pourquoi la formation adaptée aux emplois d'aujourd'hui et de demain, poursuivie tout au long de la vie, doit être une de nos priorités.

Cet effort doit se situer à l'intérieur du rôle primordial des gouvernements : créer un environnement propice à l’investissement et à la croissance. Une croissance dont le résultat doit aussi être la préservation de nos services publics et des mécanismes de redistribution. Car l'inégalité des chances, rappelons-le, est aussi un frein à la croissance.

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Plusieurs de nos entreprises ont habitué le Québec au succès. Mais le talent collectif que nous possédons doit nous amener à en faire davantage. Nous devons et pouvons faire mieux.

Si la croissance et la prospérité sont avant tout le résultat de l'investissement privé, il revient aux gouvernements d'en poser les fondations.

D'abord l'environnement indispensable : une gestion rigoureuse des finances publiques, une dette publique sous contrôle et un environnement politique, fiscal et économique stable et prévisible.

Et puis, mettre nos avantages en valeur : avant même nos ressources naturelles, notre atout le plus précieux est notre population qualifiée, compétente et créative.

Notre main-d’œuvre est instruite. Elle est bilingue, voire multilingue. Son excellente formation lui permet d’évoluer au rythme des changements techniques.

Innovation, créativité, audace. Voilà ce qui doit continuer à nous définir.

Je pense notamment à nos grands projets économiques comme la Stratégie maritime et le Plan Nord, notre potentiel hydroélectrique et notre rôle de leader au Canada et dans le monde dans la lutte contre les changements climatiques.

Un riche environnement culturel, universitaire et scientifique fait du Québec un pôle d’innovation favorable à l’essor d’industries à fort contenu technique : l’aérospatiale, les sciences de la vie, les technologies de l’information et des communications, en passant par les technologies propres et une économie numérique reposant sur de jeunes entrepreneurs autant que sur de grandes entreprises. Nous avons tout cela au Québec, particulièrement ici dans notre métropole.

Cette époque, j'en suis convaincu, est taillée pour le succès des Québécoises et des Québécois.

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Un des atouts sur lesquels le Québec peut - et doit - miser, c’est celui de sa géographie : un Nord immense et l’un des grands fleuves d’Amérique, qui offrent un lien naturel entre les ports européens et le cœur industriel du continent. Deux atouts qui constituent les pierres d'assise de deux projets majeurs de notre gouvernement : le Plan Nord et la Stratégie maritime.

Le Plan Nord est le développement du potentiel minier, énergétique, forestier, bioalimentaire, social, culturel et touristique d’un territoire de 1,2 million de kilomètres carrés. Nous avons créé la Société du Plan Nord pour coordonner les actions du gouvernement à cet égard.

De la Chine, en passant par l’Europe jusqu’aux États-Unis, l’intérêt pour ce projet économique, social et environnemental ne se dément pas.

Avec le Plan Nord, nous voulons mettre en valeur de manière responsable le potentiel économique diversifié du Nord au profit des populations qui y habitent et de l’ensemble du Québec.

Nous voulons soutenir le développement des communautés, tant sur le plan de la mise en valeur de leur potentiel que sur celui de leurs conditions de vie. Il faut le répéter : le développement du Nord ne saurait se faire sans que ces communautés, notamment les Premières Nations, en soient partenaires et en récoltent aussi les fruits.

Et bien sûr, nous voulons protéger l’environnement et préserver la biodiversité distinctive du Nord en nous assurant de mettre en place des mécanismes pour consacrer, d’ici 2035, 50 % du territoire du Plan Nord à des fins autres qu’industrielles, à la protection de l’environnement et à la sauvegarde de la biodiversité.

De concert avec le secteur privé, notre gouvernement investira dans les infrastructures routières, aéroportuaires, maritimes et ferroviaires afin de faciliter l’accès au territoire.

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Le commerce international a pris un essor exceptionnel en quelques décennies. Le conteneur aura révolutionné la chaîne logistique et modifié les navires, les infrastructures portuaires, le transport routier, ferroviaire ou même aérien. On construit de nouveaux systèmes d’écluses et le passage du Nord-Ouest pourrait bien un jour raccourcir la route entre l’Asie et l’Europe.

Par ailleurs, plusieurs grands traités de libre-échange sont en négociation dont celui de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne. Un accord qui donnera accès à un marché de plus de 500 millions de consommateurs et qui permettra à l’Union européenne d’entrer plus facilement en Amérique du Nord.

La Stratégie maritime, jumelée à cet accord, permettra au Québec de se positionner comme un des pôles logistiques des activités d’import-export accrues entre l’Europe et l’Amérique.

Car il est clair qu’une large part de cette croissance anticipée transitera par le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs. Elle prendra appui sur la diversité et la spécialisation de nos infrastructures portuaires, sur notre réseau intermodal, notre industrie des croisières, nos ressources marines, l’expertise de nos centres de recherche et l’apport de nos universités.

Pour tirer parti de ce nouveau contexte, notre gouvernement présentera sous peu la première Stratégie maritime du Québec, une approche intégrée de l’activité économique liée au littoral et aux milieux fluvial et marin.

Nous proposerons la création de pôles logistiques pour améliorer les liens intermodaux entre le port de Montréal, les aéroports et les réseaux routier et ferroviaire.

La Stratégie créera, elle aussi, un environnement d’affaires favorable aux investissements privés en matière d’activités liées au transport et à la logistique.

Parce qu’il n’y aura pas de moyen plus efficace d’acheminer une marchandise du continent européen au coeur de l’Amérique. Le navire est le moyen de transport de marchandises le plus sécuritaire, le plus respectueux de l’environnement et le moins coûteux.

Elle aura pour effet d’accroître la capacité de manutention, mais aussi les investissements dans la transformation manufacturière et le développement de services.

Cette Stratégie maritime, c’est aussi la pêche durable, essentielle à la prospérité de certaines de nos régions côtières, qui aidera les pêcheries à développer des produits d'exportation, l’aquaculture et les biotechnologies marines.

Pour développer notre économie maritime, nous misons sur une formation adaptée et bonifiée de notre main-d’œuvre.

Le Saint-Laurent renferme un environnement naturel exceptionnel, et la protection de ces écosystèmes marins constitue une composante fondamentale de la Stratégie maritime. La Stratégie maritime orientera le Québec vers l'atteinte des cibles de Nagoya : la désignation d'aires marines protégées sur 10 % de notre territoire maritime.

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Nos économies font face au double défi de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre tout en maintenant leur croissance. Or, la lutte contre les changements climatiques est une occasion de développer de nouveaux créneaux, fondés sur l’entrepreneuriat et des politiques judicieuses. Le double leadership, en somme, du secteur privé et de l’État. Nous n'avons pas à choisir entre cette lutte, le grand défi planétaire de notre époque, et la croissance. Les deux vont de pair.

Le Québec a mis en œuvre un système de plafonnement et d’échanges de droits d’émission de gaz à effet de serre, lié avec celui de la Californie et que devrait bientôt joindre notre province voisine, l’Ontario. Un premier marché de ce genre réalisé en collaboration avec des États fédérés provenant de pays différents.

Si on y ajoute la taxe sur le carbone, modèle utilisé par la Colombie-Britannique, près de 70 % de la population canadienne vit dans une juridiction qui fixe un prix pour le carbone. Au-delà des choix politiques et des niveaux d'engagements divers, c'est la nouvelle réalité canadienne, que le Québec a contribué à construire.

Les principaux secteurs émetteurs relèvent souvent de choix incombant aux États fédérés, aux régions et aux grandes villes. Ces derniers sont responsables des lois, politiques, stratégies, normes, programmes et mécanismes fiscaux dans les domaines qui influencent les niveaux d’émissions. Ils légifèrent en matière d’énergie, d’environnement, de transport, d’industrie, d’agriculture, de gestion du territoire et des ressources ainsi que de sécurité civile. Ils gèrent directement l’essentiel des conséquences des crises liées au changement climatique et détiennent une grande partie des leviers d'action pour le combattre.

Ainsi, le succès de la Conférence des Parties sur les changements climatiques, à Paris, à la fin de l’année, repose aussi sur la reconnaissance, explicite et juridique, du rôle des États fédérés dans la lutte contre les changements climatiques.

J’ai eu l’occasion de discuter de ce rôle des États fédérés à plusieurs reprises avec les représentants de plusieurs pays ou États fédérés, notamment avec les hôtes de la Conférence des Parties de décembre 2015 : le président de la République française, M. François Hollande, le premier ministre M. Manuel Valls, et la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, Mme Ségolène Royal.

En raison de ses avantages stratégiques, le Québec est aussi très bien placé pour aller plus loin encore sur la voie de l’électrification des transports, un des mécanismes qui nous permettra d'engager nos États sur la voie d'une véritable transition énergétique. 

Quatrième producteur mondial d’énergie hydro-électrique, le Québec dispose d’une chaîne de valeur complète : mines de lithium, graphite et graphène, fabrication de piles de grande capacité et les matériaux qui les composent, motorisation électrique, matériaux légers et bornes de recharge. Notons aussi la présence d’assembleurs de voitures de métro électriques, d’autobus hybrides et autres véhicules électriques. Voilà un écosystème idéal pour cette industrie, rendue encore plus naturelle par la complémentarité avec notre filière aéronautique et notre industrie de l'aluminium.

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L’économie mondiale change. Nous le savons, nous le voyons.

Il faut s’adapter au changement, mais surtout l’anticiper.

Nous le faisons au moyen des espaces économiques, des nouveaux horizons que nous ouvrons pour les Québécois : 

Celui du Nord, car nous sommes un peuple nordique;
Celui du grand large, car nous sommes venus, nous commerçons grâce à la mer et au Saint- Laurent;
Celui de l'ouverture des marchés, intérieurs et extérieurs;
Celui de la francophonie internationale également.

Madame la Secrétaire générale, le Québec entend participer activement à la Stratégie économique pour la Francophonie dans le développement durable des économies membres, notamment en Afrique.

Cette orientation nouvelle s’inscrit dans un environnement qui change. L’Afrique, qui réunit une majorité des pays francophones, se classe au deuxième rang des continents pour le rythme de croissance économique. C'est sur ce continent que se jouera l'avenir de la francophonie, l'importance qu'elle prendra - ou reprendra- au cours du prochain siècle.

La Stratégie économique servira de levier à l’accroissement des liens économiques entre le Québec et l’Afrique francophone. C’est pourquoi, alors que nous redessinons notre réseau de représentation internationale,  nous avons annoncé notre intention d'ouvrir une représentation du Québec à Dakar, capitale du Sénégal. 

Un espace économique francophone. Qui rallie nos forces, la  modernité et le renouveau.

Le développement de notre expertise, notamment dans le secteur des technologies numériques.

Le Québec compte prendre sa place dans le développement et la croissance des échanges entre les membres de la Francophonie. La francophonie du 21e siècle sera bien sûr linguistique et culturelle. Elle doit aussi être économique, verte et numérique.

L’économie et le commerce nous unissent. Et notre langue nous distingue. C’est la force, l'énergie commune sur laquelle nous miserons.

Ensemble, réalisons notre plein potentiel, faisons face aux défis avec courage et détermination. Assurons-nous de bâtir l'économie du 21e siècle : une économie durable qui saisira les opportunités qui seront offertes, avancera en nouant des alliances plutôt qu'en érigeant des murs, dans l’intérêt de tous les peuples de la planète.

Merci.


Mise en ligne : 8 juin 2015


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