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Québec, le 4 novembre 2014 Allocution du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, à l’occasion de l’accueil du président de la République française à l’Assemblée nationale

La version prononcée fait foi.

Monsieur le Président de la République française,

Mesdames, Messieurs les Ministres et membres de la délégation française,

Monsieur le Lieutenant-Gouverneur,

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

Monsieur le Chef de l’opposition officielle,

Monsieur le Chef du deuxième groupe d’opposition,

Membres de l’Assemblée nationale du Québec,

Membres du corps diplomatique et consulaire,

Distingués invités, chers amis,

Le peuple québécois, réuni en son Assemblée nationale, a l’honneur d’accueillir aujourd’hui le président de la République française, monsieur François Hollande, accompagné d’une importante délégation ministérielle.

Il s’agit d’un moment exceptionnel dans la riche histoire d’une relation directe et privilégiée, d’une relation précieuse fondée sur une profonde communauté de valeurs et d’intérêts, d’une relation où, aux rapports étatiques se superposent un faisceau de liens, les aspirations mutuelles de larges pans de nos populations, et en particulier de la jeunesse.

Mais cette relation ne saurait être tenue pour acquise. Elle doit s’incarner dans l'action, exprimer nos objectifs de développement et nos priorités communes.

Pour cela, elle doit se construire de manière permanente. Et elle ne pourra se construire qu’autour de défis concrets, parmi tous ceux que nous partageons.

Le Québec est confronté aux défis auxquels font face la plupart des sociétés de l’Occident. Il doit notamment montrer plus de rigueur dans la gestion de ses finances publiques.

Dans le même élan, il doit stimuler la croissance et relancer l'emploi. Je sais que la France cherche aussi cette combinaison équilibrée entre ces deux facteurs indissociables de l’équation que nous devons résoudre. Redressement et relance sont les deux moteurs de notre ambition, celle de faire en sorte que la prochaine génération soit aussi libre d'agir que la nôtre l'a été.

Il appartient à l’État de libérer les énergies, de créer un terreau qui favorise l’investissement, d’entretenir un écosystème où les entrepreneurs, créateurs, scientifiques et gens de métier puissent exprimer tout leur talent.

Voilà en effet le plus grand atout de nos sociétés, encore plus que nos ressources naturelles et les avantages de notre géographie : le talent des gens de chez nous, sur lequel nous devons prendre appui pour relever nos défis communs, tracer ensemble les pistes qui mènent vers un meilleur avenir.

Le lien qui nous unit, direct et privilégié, a démontré ce qu’il faut de souplesse, ce qu’il faut de polyvalence et ce qu’il faut de force d’innovation pour s’adapter et répondre aux défis de l’heure. Ses institutions sont rodées. Mettons-les à contribution.

Le premier de nos défis communs est celui de la prospérité.

Une prospérité durable à développer maintenant, pour toutes et tous, et pour les générations qui nous suivront.

Et nous savons que sur un tel horizon, notre développement et notre prospérité passent par l’éducation. Ils passent par la recherche et par l’innovation. Ils passent aussi par une culture et des attitudes qui valorisent l’entrepreneuriat et l’initiative.

La création du savoir et des idées neuves, de celles qui font les percées, de celles qui recomposent nos perceptions, est fondée sur l’échange. La circulation des connaissances, le croisement des expertises et la mobilité aident et stimulent la création.

Il nous faut, en somme, un partenariat renouvelé en science, en recherche et en enseignement supérieur.

Nous contribuerons ainsi, de surcroît, au statut du français comme langue de recherche, de science et d’enseignement.

Je sais par ailleurs la France résolue, tout comme nous, à accroître et à diversifier nos échanges commerciaux.

Nous devons, dans ce but, susciter des maillages et des investissements croisés dans les industries de l’avenir : aérospatiale, industries numériques, énergie, mobilité électrique, développement durable, technologies vertes.

Cet espace que nous cultivons depuis plus de 50 ans a produit un environnement et des réseaux propices aux affaires. Déjà, nos échanges représentent plus de 40 % du commerce de biens entre la France et le Canada et se distinguent par un niveau technique élevé, par l’innovation, la compétitivité et l’excellence.

Mais il nous faut aller plus loin.

La considérable délégation d’affaires qui vous accompagne, Monsieur le Président, illustre le potentiel de croissance que recèlent nos relations économiques. Les jeunes entrepreneurs, particulièrement, seront appelés à jouer un rôle majeur à cet égard, et à prendre la relève des leaders d’aujourd’hui, qui ont forgé une relation exemplaire.

L’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne est de nature à offrir à nos entreprises françaises et québécoises des perspectives, des occasions, des rendez-vous, des créneaux, tout en conservant une vigilance de tous les instants sur la question de la diversité des expressions culturelles. Nous y voyons aussi l'occasion de tirer parti de notre histoire et de notre géographie, centrées sur le fleuve Saint-Laurent.

Je souhaite que la France et le Québec établissent une coopération dans certains des domaines que couvrira notre nouvelle Stratégie maritime. Celle-ci vise à développer de façon durable l’immense territoire maritime du Québec.

Elle consiste notamment à accroître l’importance du Québec dans son rôle de plaque tournante logistique de la manutention des marchandises en Amérique du Nord. Nous pourrions ainsi mieux exploiter les débouchés qu’offrira l’AECG, et profiter de la forte croissance prévue du transport maritime.

C’est dans ce contexte nous vous proposons, Monsieur le Président, la mise sur pied d'un projet commun, soit une coopération franco-québécoise pour la recherche maritime dans toutes les disciplines qui y sont liées, de l'océanographie à la biologie marine. Il s'agit d'un domaine dans lequel la France a acquis un niveau d'excellence reconnu partout, et auquel nos institutions de haut savoir ont aussi contribué de façon notable. Nos ancêtres communs sont venus par le Saint-Laurent, établissant sur ses berges une société francophone qui vous accueille aujourd'hui. Après y avoir établi l'agriculture, le commerce, aujourd'hui l'économie du 21e siècle, voilà une belle occasion de mieux connaître, de mieux comprendre ensemble « le chemin qui marche », comme le disaient les premières nations.

Le Plan Nord est une autre facette de notre dialogue.

Un projet pensé comme un tout, une référence de développement nordique socialement responsable et durable, auquel la France a manifesté un grand intérêt à s’associer, et ce, dans toutes ses dimensions. Un projet qui inclura les peuples autochtones, leur désir de participer tout en préservant leur culture unique. J’ai la conviction que le Québec et la France pourraient renouveler l’initiative commune décidée par les gouvernements, en octobre 2011, pour établir un nouveau programme de travail sur ce grand projet d’avenir.

Déjà, il existe une coopération scientifique sur l’Arctique entre le Centre national de la recherche scientifique et l’Université Laval. Je viens d’ailleurs d’assister ce matin, en votre compagnie, Monsieur le Président, à une présentation de l’Unité mixte internationale Takuvik. Il est évident que la recherche forme une dimension essentielle à l’acquisition de connaissances sur ce vaste territoire.

La main-d’œuvre, le savoir-faire, la compétence et le talent sont aujourd’hui la principale richesse des nations. C’est tout l’intérêt de l'Entente Québec-France en matière de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, qui vise un bassin commun de ressources humaines.

Nos diplomaties ont exercé une action décisive dans la conception et la mise en œuvre d’un instrument qui ait pour vocation de rééquilibrer les obligations liées aux accords de commerce; il consacre, en outre, le droit des États de se doter de politiques culturelles. En effet, l’adoption de la Convention de 2005 sur la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles témoigne avec éloquence de ce que nous pouvons accomplir lorsque nous conjuguons nos efforts et nos réseaux d’influence au service d’une cause commune, une cause qui nous est d’autant plus chère qu’elle touche à l’identité de nos peuples.

L’effervescence créatrice de la sphère culturelle franco-québécoise embrasse toutes les disciplines : du multimédia à la littérature, des arts visuels à la chanson, au cinéma ou encore aux arts de la scène.

Le développement de contenus francophones dans l’univers numérique est aussi un nouvel enjeu majeur : au moment où la place toujours grandissante qu’occupe le numérique dans la sphère culturelle transforme la création, la production et la diffusion des œuvres, toutes disciplines confondues, le Québec et la France doivent chercher ensemble de nouvelles voies de développement en ces matières.

S’il est un levier à la puissance insoupçonnée, dont on est loin d’avoir fait le plein des possibilités, c’est cette grande institution qu’est la Francophonie.

La Francophonie peut mettre à contribution un immense potentiel de mobilisation, de concertation et d’influence, pour intervenir de façon déterminante sur une scène mondiale qui  profitera de l'action concertée de cet acteur d'envergure.

De cette Francophonie, nous attendons qu’elle engage son dynamisme, la jeunesse de ses populations et ses multiples réseaux de solidarité pour faire face aux crises importantes.

Nous préparons la XVe Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, à Dakar, sur le thème « Femmes et jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement ».

Il s’agit d’une convergence unique alors que doivent être décidées la succession du secrétaire général de la Francophonie, monsieur Abdou Diouf, les orientations du Cadre stratégique et l’adoption d’une Stratégie économique.

Par ailleurs, à la très attendue Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, à Paris, en 2015, l’objectif cardinal sera l’adoption d’un nouveau régime climatique, applicable à toutes les parties, qui devra succéder au protocole de Kyoto et entrer en vigueur en 2020. Lors de cette conférence, le Québec souhaite faire valoir l’importance de fixer un prix pour le carbone, à la lumière de son entente avec la Californie portant sur les systèmes de plafonnement et d’échange des émissions de dioxyde de carbone. Il importe d’illustrer ainsi la forte contribution de nos États à un effort planétaire indispensable. Un effort qui prend un caractère encore plus urgent, à la lumière du récent rapport du groupe d'experts sur le climat. Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, l'a bien dit : «Il ne peut y avoir de plan B, car il n'y a pas de planète B. »

Il importe pour nous de favoriser l’échange d’expertise et de bonnes pratiques en matière de développement des marchés du carbone, en vue de leur éventuelle liaison.

Nous avons inscrit les enjeux climatiques à l’ordre du jour des forums intergouvernementaux canadiens. Et j’ai invité mes homologues à un sommet sur le sujet au mois d’avril 2015.

Au Sommet des Nations Unies sur le climat, en septembre dernier, le Québec a appuyé la création d’une initiative qui vise à consigner les différentes cibles de réduction des gaz à effet de serre des gouvernements infraétatiques et à en présenter le suivi.

Le Québec entend promouvoir cette initiative auprès de ses différents partenaires et favoriser une contribution plus soutenue des États fédérés, des régions et des autorités locales dans la mise en œuvre du futur Accord de Paris de 2015.

Au-delà de certains seuils, estime-t-on, le climat peut se dégrader très rapidement. J’appliquerais la même métaphore à l’émergence d’une volonté politique.

Nous assistons à une intense diplomatie climatique. Le processus politique est complexe. Mais je suis persuadé qu’une fois franchi un seuil sur le plan des consensus et de la conscience collective, tout peut aller très vite. Les régions, les États fédérés, les grandes villes peuvent être des catalyseurs, des accélérateurs qui peuvent tracer la voie à suivre.

Et il faut le redire : la lutte contre les changements climatiques et le développement économique peuvent et doivent coexister. Un développement pour ce siècle, une économie nouvelle, différente mais tout aussi créatrice de croissance et d'emplois.

Monsieur le Président de la République française,

Le Québec a, indéniablement et sur de nombreux fronts, une forte connivence avec la France, qui facilite la mise en œuvre d’initiatives communes.

L’ambition de nos projets, leur diversité, les retombées concrètes qui en sont attendues mettent en relief le caractère très actuel de cette relation. Une relation fraternelle, une relation d’exception. Et, plus que jamais, directe et privilégiée.

Je vous remercie.


Mise en ligne : 4 novembre 2014


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