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Montréal, le 9 juin 2015 Allocution du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, à l'occasion des funérailles d'État du premier ministre Jacques Parizeau

The spoken version takes precedence.

Au cours des derniers jours, c'est par milliers que des Québécoises et Québécois ont rendu hommage au premier ministre Jacques Parizeau.

Dans un premier temps, aux bureaux montréalais de la Caisse de dépôt et placement afin de rendre hommage au grand bâtisseur que fut Jacques Parizeau. Nous nous sommes souvenus. De cette génération remarquable qui fit naître l'État moderne que nous connaissons aujourd'hui. Il fut l'un de ces visionnaires (pas beaucoup plus d'une vingtaine de personnes, nous disait-il) au cœur de cette transformation historique. La nationalisation de l'électricité, l'éducation pour toutes et tous, l'assurance hospitalisation annonçant l'assurance maladie, une fonction publique professionnelle, la représentation du Québec à l'étranger, et les outils qui permirent aux Québécois de prendre en main les outils financiers nécessaires à leur émancipation économique. Autour de Jean Lesage et de ses compagnons de l’époque, une remarquable concentration de courage, d'audace et d'innovation. Il semble tout naturel que cet édifice porte désormais son nom.

Deuxième temps, à l'Assemblée nationale. On y a honoré l'homme politique, le chef de parti, le ministre et le premier ministre. Au cours de ma vie, je n'ai rencontré M. Parizeau qu'en de rares occasions. Chaque fois, nous nous sommes salués sincèrement. Cela me semblait aussi naturel que nécessaire. Nous avions convenu de nous voir afin de discuter du Québec. De notre Québec. Outre son extrême gentillesse, j'ai été frappé par sa sincérité, son désir d'échanger. « Oui, oui, j'y tiens », m'a-t-il dit. Malheureusement ce rendez-vous a été de ceux que l'on repousse, puis que l'on regrette de ne pas avoir tenus.

C'était un professeur dans l'âme, un pédagogue perpétuel. Au gouvernement ou dans l'opposition, M. Parizeau voulait convaincre, en enseignant. Ses interventions débutaient par des préambules appuyés sur une recherche profonde, des faits et des données fort bien documentés. Cela imposait une saveur et une rigueur malheureusement assez rare, il faut bien le dire, durant la période des questions. Je me souviens d'un homme rationnel et respectueux des arguments de ses adversaires. Un professeur sévère aussi, qui n'aimait pas les raccourcis, encore moins les phrases creuses. Je ne me souviens pas de l'avoir entendu dénigrer ou rabaisser un adversaire. Il n'avait pas besoin, je crois, de cette béquille qui, pour certains, dissimule le vide. Mais les citoyens ne sont pas dupes de ces artifices. Je me souviens aussi d’échanges sur des questions de fond, pas sur la manchette du jour, et toujours menés avec une grande civilité. Les proches de Robert Bourassa me disent qu'il aimait la joute politique. Le premier ministre Bourassa trouvait en M. Parizeau un adversaire de taille en matière de contenu autant que de forme. On me dit même que devant certaines questions particulièrement bien posées, il pouvait arriver à M. Bourassa de perdre quelque peu son célèbre sourire en coin, signe d'une perplexité certaine.

Troisième temps aujourd'hui, à l'église St-Germain. On a beaucoup parlé de l'homme politique, des débats menés, des élections gagnées ou perdues. Pensons maintenant à l'homme. Au père, au grand-père, au frère, à l’époux. À sa famille réunie avec nous aujourd'hui. Pendant les analyses politiques, la description des points tournants d'une carrière, souvenons-nous que les images familiales, elles, parlent de vacances heureuses, d'amour, d'affection paternelle, d’étreintes affectueuses, de beaux voyages, de fêtes en famille. Parce que j'ai moi aussi grandi tout près d'ici, parce que j'ai fréquenté le même collège que lui, je ressens plus de proximité avec l'homme que fut Jacques Parizeau. Son fils Bernard, qui fut mon collègue de classe alors que nous étions 2 des 3 derniers élèves du Collège Stanislas à avoir choisi le grec classique plutôt que l'allemand ou l'espagnol. Pourquoi diable avoir choisi d'étudier une langue soi-disant morte? Je soupçonne que ce fut pour Bernard un conseil paternel. Un bon conseil, croyez-moi !

Même si cela ne se fait plus. Régis Debray a dit un jour « Pour être résolument modernes, osons être archaïques! »

Je crois que Jacques Parizeau a voulu laisser à ses enfants le plus bel héritage qui soit : une éducation classique, imprégnée d'humanisme, de belles lettres et surtout, au-dessus de tout, du respect de notre langue. Je suppose également qu'il a lui aussi, dans sa jeunesse, découvert la joie de lire Xénophon dans le texte « Thalassa, Thalassa »; c'est au moins aussi beau que « Tiens, voilà la mer ! ».

Un mot pour vous, Mme Lapointe. Vous qui l'avez accompagné dans la vie au cours des 20 dernières années- jusqu'au bout du chemin- et dans son voyage politique. Vous qui êtes une femme de cœur, on le savait déjà par votre choix de défendre les aînés vulnérables, votre engagement en politique municipale, tout près des gens. On le voit encore mieux maintenant. Quand on insiste comme vous l’avez fait, malgré la peine, pour serrer la main à toutes les personnes qui se sont déplacées pour dire adieu à votre mari, vous nous montrez ce que sont la dignité et la fierté.

Mon épouse Suzanne, avec son grand cœur et ses antennes pour les gens l'a bien senti. Elle a voulu vous témoigner son affection, même si elle n'est pas une des proches de M. Parizeau. « On vous accompagne, on fait le voyage par amour. Ce sont des vies bien difficiles », m'a-t-elle dit en quittant le premier de ces trois temps du souvenir. Les vies de ceux qui partent dans leur voyage politique, certes, mais aussi de celles et de ceux qui restent et attendent le retour.

Et c'est par ce mot que j'aimerais terminer ces propos. L'amour. Oui, l’amour. Au bout de la route, il reste certes une vie bien remplie, une contribution énorme à ce Québec que nous aimons tous autant, quels que soient nos choix politiques.

Toutefois, il y a d’abord et surtout, l’amour pour l’épouse, la famille et les proches pour lesquels la vie continue. Car la vie doit continuer malgré tout.

Et tout cela porte le même nom. Un grand amour pour le Québec, la confiance et les outils qu'il nous a laissés pour assurer un meilleur avenir à cette nation pour laquelle il a tant travaillé, à laquelle il a tant donné.

Monsieur le Premier Ministre Jacques Parizeau, le Québec se souvient. Il se souviendra. Avec d'autres grands bâtisseurs de notre nation, vous appartenez maintenant à l’histoire.


Online as of: June 9, 2015


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